CHAPITRE II

Le géant frappa le mur de pierre noire.

Le mur, un peu oblique s’étendait à perte de vue sous le chiche éclairage de la cité inférieure. Des pointillés gris conféraient une beauté particulière – et de la complexité – à la pierre brillante. Il semblait que le mur, monobloc, formait une surface parfaitement lisse sans joints ni fissures.

La pierre résistait à ses coups de poing.

Il trouva un gros morceau de ferrobéton qu’il lança contre le mur de toutes ses forces – considérables.

Le ferrobéton se brisa.

Il activa son arme, dirigea la pointe rouge sur la pierre et tenta de l’y enfoncer.

La pierre ne chauffa pas, ne brûla pas et ne fondit pas.

Il retira la lame et toucha le point d’impact. Il était un peu plus chaud que le reste du mur, mais à peine.

Le géant hurla. L’écho de son angoisse se réverbéra contre le haut plafond et les parois de la salle.

Il devait posséder ce qui se trouvait au-delà du mur. C’était tout. Il ne l’avait jamais vu, jamais senti, mais il savait que c’était là, grâce à un souvenir qui avait été vivace avant même qu’il accède à la conscience.

Le géant capta une présence. Il se précipita vers un monticule de gravats tombés du plafond et écarta un bloc de permabéton.

Derrière était blotti un mâle humain de petite taille.

Le géant l’agrippa par le col et l’arracha de son trou. L’humain portait des haillons et puait : une sueur vieille de plusieurs mois. Ses longs cheveux emmêlés, la peur se lisait dans ses yeux noirs.

Le géant ne lui parla pas, car il ne connaissait aucun mot. Au lieu de ça, il formula une pensée une image du mur noir qui se brisait et s’ouvrait pour révéler le trésor dissimulé de l’autre côtéet l’enfonça dans l’esprit du petit homme, qui hurla quand la vision s’implanta dans sa tête, l’occupant entièrement.

Ensuite, le géant envoya une autre pensée, une question : Comment ?

Il tenait toujours fermement le mâle tremblant. Des centaines d’idées minuscules, courant en tous sens comme des souris affolées, lui traversaient l’esprit.

Puis vint une image plus précise. Un appareil qu’un homme pouvait tenir entre ses mains. Un éclair aveuglant en sortait. Le petit homme vit le feu percer le mur et découper une ouverture assez large pour laisser passer son bourreau.

Le géant formula une autre pensée : le petit homme partirait, trouverait cette machine et la ramènerait ici. Tout de suite ! Impitoyable, il martela cette idée dans la tête de son prisonnier, qui cria de nouveau.

Alors, le géant le laissa tomber par terre.

Hors d’haleine et sanglotant, son nouvel esclave disparut dans les ténèbres.

 Borleias

Le colonel Tycho Celchu, le second de Wedge Antilles, entra dans le bureau du général. Il arborait un grand sourire qu’il ne semblait pas pouvoir réprimer, une attitude très inhabituelle pour un homme qui n’affichait pas souvent ses émotions en public.

— Général, dit-il, je vous présente l’officier en charge des As Jaunes de Tanaab.

D’un geste grandiloquent, il désigna le militaire qui attendait devant la porte ouverte.

Un bel homme aux épaules larges entra dans la pièce. Avec ses cheveux noirs, il était du type à qui la maturité sied comme un manteau de roi.

Il portait une combinaison d’un jaune criard aux rayures noires – une sorte d’encéphalogramme en folie imaginé par un peintre dément.

Au lieu de se fendre d’un salut militaire, il prit une pose héroïque.

— Capitaine Wes Janson au rapport, mon général !

Wedge se leva pour lui donner une accolade chaleureuse.

— Wes ! On ne m’a pas dit que tu faisais partie du nouveau groupe !

— J’ai distribué quelques pots-de-vin. Il ne fallait pas gâcher mon entrée. Dis-moi, il y a quoi boire ?

— Du poison distillé sur place, la plupart du temps, sauf pour les grandes occasions. Tiens, prends un siège.

Wedge se rassit. Dès que Tycho eut fermé la porte, les deux autres Hommes firent de même.

Janson sortit une datacarte d’une poche de sa combinaison et la posa sur le bureau du général.

— Je suis sûr que tu as déjà reçu l’inventaire du Courage Nonchalant, mais voici ma version, pour garantir que c’est la même. De la nourriture, des munitions, des pièces de rechange, plusieurs tonneaux d’eaux-de-vie de fruit de Tanaab, vieillies inadéquatement…

— Merveilleux. (Wedge enficha la carte dans son databloc et fit défiler la liste sur l’écran.) Combien de temps restes-tu ici ?

— Jusqu’à ce que je sois tué, je suppose.

— Pardon ? s’étrangla Wedge.

— Les As Jaunes de Tanaab sont une unité composée exclusivement de volontaires et financée par une collecte de fonds qui a aussi permis d’acquérir et de livrer toutes les marchandises de l’inventaire. Je suis à l’origine de sa création. Quand j’ai donné ma démission, j’ai dit à mes supérieurs que je reviendrais avec un morceau de Tsavong Lah dans la poche. Je ne peux pas les décevoir.

— Tu as envie de rejoindre l’Escadron Rogue ? demanda Wedge avec un sourire.

— J’adorerais ça. Mais c’est impossible. J’ai amené une escouade et demie de gars de Tanaab et de pilotes réfugiés qui, en quelque sorte, ont le droit de combattre sous mon commandement.

— Quelle attitude extraordinairement responsable, fit Tycho, ironique.

— Eh oui, ce sont les tristes effets secondaires de l’âge, je le crains. Mais vous pouvez me faire oublier ma décrépitude ! Racontez-moi tout sur une pilote, la chef des Soleils Jumeaux. Elle a une jolie voix. Son allure générale est-elle à la hauteur ?

Se retenant d’éclater de rire, Wedge lança un regard entendu à son second.

— Je dirais que oui. Elle est mignonne.

— Mariée ? Une relation avec quelqu’un ?

— Une relation, je crois. Récente…

Avec mon neveu, c’est évident, pensa Wedge. Même s’ils font tout pour ne rien laisser paraître.

— Alors, qui est-elle ?

Wedge fronça les sourcils comme s’il avait du mal à se souvenir.

— Jay quelque chose, non ? C’est ça ? hasarda-t-il en se tournant vers Tycho.

— Oui, tout à fait.

— Jay... Jay… Voilà, je me rappelle : Jaina Solo.

Janson pâlit.

— Jaina Solo.

— Oui, je suis certain du nom, maintenant.

— Par la descendance maudite de la Sith, j’ai flirté avec une fillette de neuf ans !

— Dix-neuf, corrigea Tycho. Et elle a plus de talents que nous trois réunis au même âge.

— Je ferais mieux de m’excuser, soupira Wes, avant de m’embrocher accidentellement sur son sabre laser.

— Non, demande à Yan de te tuer avec son blaster, proposa Wedge. Ce sera moins douloureux, et c’est son droit de père !

— Tu restes un supérieur désagréable, tu sais.

Wedge se contenta de sourire.

 Vaisseau-monde du Domaine Hul, système de Pyria

Le guerrier Czulkang Lah était plus vieux que tous les Yuuzhan Vong rencontrés par les habitants de cette galaxie. Les rides du grand âge se devinaient sous les cicatrices, tatouages et mutilations qui noircissaient son visage presque méconnaissable. Sa fragilité physique se dissimulait sous une armure de crabe vonduun renforcée qui ajoutait la force de muscles de la créature à la siennetrès défaillante.

Il se tenait dans sa salle de contrôle favorite, au cœur du vaisseau-monde appartenant au Domaine Hul. Le long des murs s’alignaient les postes de travail de ses conseillers et subordonnés, dont son aide de camp, Kasdakh Bhul.

Leurs stations, intégrées à des alvéoles pratiquées dans les parois en corail yorik, étaient, entre autres, équipées de villips, les moyens de communication préférés des Yuuzhan Vong. Certains, désactivés, ressemblaient à de vagues formes rondes sans vie. D’autres imitaient des têtes vong dont les lèvres bougeaient en parfaite synchronisation avec les paroles prononcées par les officiers ou les espions en mission.

Au-dessus du siège de Czulkang Lah s’étendait une énorme lentille-membrane. Son diamètre correspondait à la taille de trois guerriers, et elle fournissait une vue inégalée de l’espace, devant le Domaine Hul. En outre, elle pouvait se contracter pour fournir des images agrandies d’objets lointains.

Un prêtre faisait face au vieux commandant. Il était grand, sa minceur laissant supposer des jeûnes fréquents. Ses robes de cérémonies et sa coiffe l’identifiaient comme un membre de l’ordre de la déesse de la fourberie, Yun-Harla.

— Bienvenu, Harrar, dit Czulkang Lah.

— Je suis honoré de pouvoir de nouveau me présenter devant vous, répondit le prêtre. Et de vous voir travailler au bénéfice des dieux et en conformité avec votre position. Je vous apporte des vaisseaux et des troupes terrestres, pour vous aider à réaliser vos objectifs.

Les renforts avaient déjà effectué un survol du vaisseau-monde pour annoncer leur présence et montrer leur respect au commandant des forces yuuzhan vong du système de Pyria.

— Je suis chargé par mon fils de vous fournir tout le soutien nécessaire à la capture de Jaina Solo.

Le vieux guerrier désigna un jeune mâle qui attendait près du mur.

— Harrar, je vous confie Charat Kraal. Il a dirigé des opérations spéciales concernant Jaina Solo et d’autres Jeedai. Il dirige une unité ingénieuse et motivée composée de pilotes des Domaines Kraal et Hul et de moissonneurs de connaissances. Vous me soulagerez en l’emmenant avec vous et contrôlant directement ces opérations.

Harrar s’adressa au jeune guerrier :

— Etes-vous prêt, en votre âme et conscience, à transférer votre loyauté ?

Il posait là une question littéralement vitale. Si, en toute honnêteté, Charat Kraal répondait non, il serait tué, et un officier plus consentant prendrait sa place.

Levant la tête, humblement inclinée jusqu’à présent, le guerrier regarda Harrar dans les yeux. Son nez n’était pas simplement déformé, comme c’était courant chez les Yuuzhan Vong, mais arraché. La cicatrice béante, toujours rouge, ne laissait pas de doute sur la violence de l’acte. Son front haut, plus humain que yuuzhan vong, était orné de tatouages compliqués qui semblaient faire ciller ses yeux.

— Mon devoir est de servir les dieux, nos guides, et le Domaine Kraal, déclara-t-il. Je serai heureux de l’accomplir.

— Bien, dit Harrar. Quelles opérations avez-vous en cours ?

— Nous venons de perdre notre espion humain dans la grande abomination qu’ils appellent une ville. En conséquence, j’ai élaboré un plan pour introduire un ou plusieurs nouveaux espions dans leurs rangs. Nous y procéderons dès la prochaine attaque.

— Sans autre formalité ? demanda le prêtre. Nous ne donnons pas aux infidèles l’occasion de refuser notre cadeau ?

Charat Kraal écarta ses lèvres frangées – un sourire de guerrier – révélant des dents cassées.

— Non, nous leur refusons cet honneur, grand prêtre.

— Quand j’aurai fini ma conversation avec Czulkang Lah, vous viendrez m’expliquer vos projets.

 Coruscant

Entrant avec son groupe dans une ancienne galerie marchande, Luke sentit de nouveau un tiraillement : quelque chose n’allait pas dans la Force. Il avait essayé d’en savoir plus sur cette sensation, avec l’espoir qu’elle soit la source de son malaise et des visions qui l’avaient conduit sur Coruscant. Mais ses compagnons Jedi ne semblaient pas toujours partager ses perceptions.

Luke se tourna vers eux. Mara hocha la tête. Tahiri regarda au loin, dans la direction d’où venait l’étrange impression, tous les sens en éveil.

Même Danni paraissait touchée. Sa confusion se voyait sous le maquillage yuuzhan vong.

— Avez-vous ressenti quelque chose ? demanda-t-elle.

— Oui, la faim, dit Kell. On fait une pause ?

— Pas avant d’avoir trouvé un meilleur abri, déclara Luke.

— Pourtant, les explosifs sont d’un plus joli effet quand on n’est pas à l’abri…

Tahiri jeta à Kell un regard dédaigneux.

— Ne penses-tu toujours qu’à une seule chose ?

— A une chose à la fois, oui. Actuellement, c’est mon estomac.

Un autre sentiment satura les perceptions de Luke : un danger, beaucoup plus immédiat.

— Attention, souffla-t-il.

En un clin d’œil, le groupe se plaça en formation de défense : un cercle, avec Mara, Tahiri, Kell et Face à l’extérieur, et les autres au centre. Personne ne sortit d’arme technologique, mais Luke s’assura de la présence de son sabre laser à son flanc et Face et Kell rigidifièrent leurs contrefaçons de bâton vong.

Un brouhaha de voix retentit au-dessus et devant eux. Sortant de deux magasins, sur leur niveau, et d’un troisième, situé sur la mezzanine immédiatement supérieure, une foule hétérogène se déversa en hurlant sur Luke et son équipe.

Des humains et des humanoïdes, des mâles et des femelles, tous vêtus de hardes déchirées et sales, armés d’épées, de couteaux primitifs ou de lances de fortune. Les premiers atteignaient presque le groupe de Luke, et d’autres arrivaient encore.

Le Maître Jedi soupira de soulagement.

— Voilà l’occasion d’établir le contact, dit-il, approchant la main de son casque.

— Sauvons-nous, dit Bhindi.

— Quoi ?

— Sauvons-nous !

Bhindi joignit le geste à la parole et partit en courant dans la direction d’où ils étaient venus, à l’opposé de la foule qui se jetait sur eux.

Luke interrogea Mara du regard.

Tous deux haussèrent les épaules. Puis ils suivirent Bhindi, entraînant le reste du groupe.

Ils passèrent le portail d’entrée de la galerie. La distance qui les séparait des poursuivants grandissait rapidement.

Ils tournèrent à droite au croisement suivant. Au bout d’un long couloir, Bhindi les guida vers un escalier de secours. Avalant les marches, ils montèrent de cinq étages. A ce niveau, ils pénétrèrent dans un passage plus sombre pour s’y arrêter, presque tous hors d’haleine.

Kell se pencha en avant pour essayer de reprendre son souffle.

— Ce n’est plus de mon âge !

Danni s’appuya contre le mur, de la sueur coulant sur son visage. Mais le maquillage tenait bon !

— Si ça ne te fait rien, voudrais-tu nous expliquer pourquoi on fuit ? Je croyais qu’on cherchait à prendre contact avec des groupes de survivants. Qu’on voulait mettre en place des cellules de résistance…

Bhindi regarda sans aménité la scientifique.

— Pour deux raisons. Primo, des gens normaux, désireux de rester en vie, ne chargent pas un groupe de guerriers yuuzhan vong comme ça, même à cent contre un. Cela veut dire qu’ils avaient un moyen de tuer leurs adversaires. Par exemple, faire semblant de fuir et nous attirer vers un endroit où cinquante tonnes de gravats nous seraient tombées sur la tête.

Impressionnée, Danni parut convaincue par ce raisonnement.

— Secundo, continua la tacticienne, nous n’avons aucune raison de croire qu’un seul des Vong qui nous ont attaqués sur la passerelle est encore en vie. Ils ont été taillés en pièces, atomisés par des explosions, pulvérisés à trois cents mètres plus bas, voire tout ça en même temps. Notre couverture étant sans doute préservée, personne ne sait que nous nous promenons sur Coruscant déguisés en Yuuzhan Vong. Si nous révélons ce secret à une centaine de survivants affamés, il y en aura inévitablement un qui le vendra aux Vong.

— Donc, dit Luke, un détachement se change et va les voir en civil.

— Pendant que le reste attend ici et respire, fit Kell.

— Exact. Mara, Face, Bhindi et moi nous y collons.

Au lieu de se plaindre, Tahiri fit la moue en posant son paquetage.

— Il faut au moins un Jedi par groupe, expliqua Luke en souriant.

— Alors, je vais jouer à la baby-sitter pour des gens qui ont deux ou trois fois mon âge. Ce n’est pas drôle !

Kell grogna, puis lâcha d’une voix de gamin pleurnichard :

— Tata Tahiri, raconte-moi une histoire…

 

Habillé de noir comme il convient à un Maître Jedi, Luke dévisagea la femme qui se tenait de l’autre côté de la batterie de chauffage qui dépassait du plancher. Ses trois compagnons et lui faisaient face à six Hommes et femmes du Collectif des Passerelles assis en tailleur sur le sol. Au-dessus de la source de chaleur pendait une marmite pleine d’un potage verdâtre bouillonnant.

— Comment avez-vous fait pour survivre ? demanda Luke.

Ils étaient réunis dans l’arrière-boutique d’un ancien magasin de vêtements de la galerie. Le Maître Jedi s’adressait à une femme qui avait dû être ronde avant sa diète forcée. Les cheveux sales et le regard rendu dur par la privation et la souffrance, c’était Tenga Javik, la chef du Collectif.

— Nous avons remonté des écrans collecteurs de protons et des condensateurs de chaleur pour obtenir de l’énergie, expliqua-t-elle.

Sa voix rauque et l’écharpe autour de son cou – un accessoire surprenant avec la chaleur moite qui régnait dans les bâtiments de Coruscant – laissaient penser qu’elle avait été blessée à la gorge dans un passé récent.

— L’un de nous a travaillé dans une usine à Feutrine. En avez-vous jamais mangé, maître Skywalker ?

— Rarement.

Feutrine était le surnom d’un aliment à base d’organismes unicellulaires fabriqué pour nourrir les plus démunis. La texture ressemblait à du feutre épais – d’où l’appellation – mais le goût était pire. Ses avantages essentiels : un prix très modique et une durée de conservation très longue.

— Nous avons récupéré des synthétiseurs de Feutrine pour les réimplanter un peu partout sur notre territoire, continua Tenga. Ils sont bien cachés. Nous les alimentons en énergie et en eau. Nous pouvons traiter l’eau dans nos purificateurs. La plupart du temps, nous évitons les Yuuzhan Vong. Dès que nous le pouvons, nous leur préparons des pièges. Nous allons survivre, maître Skywalker.

— Comment est la qualité de l’air ? demanda Bindhi.

— Elle se dégrade. Mais nous essayons d’installer une série de compresseurs pour puiser de l’oxygène là où il reste acceptable. Si cela ne marche pas, nous devrons déménager dans les niveaux inférieurs… (Tenga s’adressa à Luke avec une soudaine violence :) Quand viendra la flotte, maître Skywalker ? Quand pouvons-nous espérer avoir du secours ?

— Pas dans l’immédiat… J’aimerais vous annoncer autre chose, mais vous devrez compter sur vos seules ressources pendant encore quelque temps.

Des soupirs accueillirent la nouvelle – et plusieurs commentaires mécontents – mais les survivants de Coruscant n’exprimaient pas de vraie colère. Ces propos ne semblaient pas les surprendre.

— Nous avons besoin de la flotte, souffla Tenga. Nous avons besoin des Jedi.

— C’est la première mission depuis la chute de votre cité-planète, dit Luke, puisant de la conviction dans la Force. D’autres viendront. Nous n’abandonnerons pas Coruscant entre les mains de l’ennemi. Vous devrez décider si vous voulez être en vie quand ce monde sera libéré. La fatigue et la déception peuvent vous tuer autant que les Yuuzhan Vong.

— Vous vous êtes très bien débrouillés, dit Bhindi. Et je peux vous montrer comment faire mieux.

— Sur quel plan ? demanda Tenga.

— Vous cacher plus efficacement, tendre des embuscades plus rusées, réparer et entretenir mieux les équipements.

— J’écoute, répondit Tenga.

— Restons dans l’ordre logique des choses, coupa Mara. Communiquez-nous encore quelques informations. Avez-vous vu ou senti des choses inhabituelles dans cette zone ? Je veux dire, en dehors de tout ce qui a changé à cause des Yuuzhan Vong.

La plupart des résistants secouèrent la tête. A part un homme maigre d’âge moyen à l’expression sombre et soupçonneuse qui lança :

— Lord Nyax !

Certains résistants poussèrent des soupirs exaspérés.

Luke ne put réprimer un sourire avant de répliquer :

— Mais c’est un conte de fées.

— Il existe, affirma Yassat.

— Je ne connais pas cette histoire, fit Mara.

— Sur Corellia, jadis, dit Luke, les parents menaçaient leurs enfants quand ils ne voulaient pas aller se coucher ou manger leur porridge : « Si tu continues à être méchant, Lord Nyax viendra te chercher ! » C’était un spectre pâle et monstrueux qui s’emparait des petits pour ne jamais les rendre.

— Du folklore classique, commenta Mara.

— Au départ, oui. Mais, il y a moins longtemps, les histoires de Lord Nyax se répandirent un peu partout. Parce qu’elles étaient vraies : pendant l’extermination des Jedi, quelqu’un venait réellement la nuit s’emparer des enfants sensibles à la Force.

— Dark Vador, souffla Mara.

— Exact. Ses raids visant à éliminer les Jedi au berceau se mêlaient à la légende de Lord Nyax qui, du coup, se diffusa dans toute la galaxie, au cours des premières années de l’Empire.

— Yassat est un de nos éclaireurs, précisa Tenga. Il part souvent en exploration au-delà de notre territoire.

— Et il voit des choses, fit un homme qui tapota sa tempe de l’index, suggérant que l’état mental de leur compagnon laissait à désirer.

— Je vois des choses, se défendit Yassat, mais elles existent.

— Dites-moi ce que vous voyez, fit Luke.

— J’ai aperçu Lord Nyax pour la première fois environ un mois après la défaite de Coruscant. C’était au cœur de l’ancien quartier administratif, où tout est devenu dingue, maintenant. Je fuyais un groupe de chasseurs vong. J’avais déjà peur, mais mon angoisse augmentait sans que je comprenne pourquoi. Alors commencèrent les hurlements. J’ai capté un mouvement, près des guerriers : un homme très grand, d’un blanc spectral. Il y a eu un rugissement et des éclairs rouges tout autour, mais aucune détonation de blasters. Je me suis enfui. Des heures plus tard, je suis revenu. J’ai trouvé les Vong, taillés en pièces, couverts de brûlures, des morceaux de chair arrachés, avec des traces de dents…

« La deuxième fois, c’était il y a quatre jours, je crois. (Tirant un chronomètre de sa poche, il vérifia la date locale.) Oui, quatre jours. J’ai de nouveau senti cette peur alors que je rôdais près des toits. L’oppression grandissait. Je savais qu’on me traquait, que j’allais finir comme ces Vong.

— Comment vous en êtes-vous sorti ? demanda Mara.

Yassat évita son regard.

— Je m’en suis sorti, tout simplement…

— Ce n’est pas convaincant, dit Tenga. Personne ne « s’en sort, tout simplement ». Tu as été capturé et tu nous as trahis en échange de ta liberté ?

— Non ! affirma Yassat.

Puis il s’adressa de nouveau à Mara :

— Il y a un type nommé Skiffer. Il fait partie d’un groupe, mais pas du Collectif des Passerelles. Ces gens nous attaquent. Ils ont tué deux de nos éclaireurs et volé un de nos synthétiseurs de Feutrine. Mais ça ne leur suffit pas, je suis sûr qu’ils se livrent au cannibalisme. Je sais où est leur territoire. J’y ai attiré Lord Nyax. Et quand j’ai entendu Skiffer donner des ordres, j’ai mis les bouts. Après, j’ai entendu des cris. (Il regarda la chef du groupe dans les yeux.) Je ne nous ai pas vendus, Tenga, j’ai vendu Skiffer.

— Bon travail, dit la femme en lui flanquant une tape sur l’épaule.

Un autre homme prit la parole :

— Tu as été suivi par les Vong, Yassat. Il n’y a pas de Lord Nyax. C’est un produit de ton imagination.

Yassat se contenta de le foudroyer du regard.

— Où avez-vous rencontré Lord Nyax ? demanda Luke.

Yassat montra du doigt la direction du nord-ouest. Luke avait senti le tiraillement venir de là…

— Par là-bas. Près du centre du quartier administratif. Au contraire d’ici, les Vong y grouillent, mais il y a beaucoup de choses à récupérer.

— Nous devons aller voir. Acceptez-vous de venir avec nous, Yassat ? De nous guider ?

Tenga secoua la tête.

— Uniquement si vous nous laissez celle-là en otage, dit-elle en désignant Bhindi.

— Aller rôder avec une bande de rigolos alors que les chasseurs vong sont partout ? s’insurgea l’éclaireur. Hors de question ! Tuez-moi tout de suite, ce sera moins douloureux.

— Alors, nous reviendrons plus tard, dit Luke, haussant les épaules.

— Non, vous ne reviendrez pas, répliqua Yassat avec un regard plein de compassion.

 Borleias

Jaina se leva d’un bond, faisant voler son drap, et tituba vers son placard sans savoir pourquoi. Le soleil de Pyria avait à peine dépassé l’horizon. Elle était donc restée trois heures au lit.

Le grondement sourd, dans ses oreilles, se révéla être une alarme. Des Yuuzhan Vong approchaient. Elle entendit vrombir les moteurs de l’escadron d’astreinte – ça devait être Lune Noire, à cette heure-ci.

Jag l’attendait dans le hall du complexe de biotique. Il était réservé à l’Escadron Soleils Jumeaux, ses systèmes de sécurité renforcés. D’autres portes s’ouvrirent. Piggy saBinring arriva en se démenant pour fermer sa combinaison de vol sur son estomac rebondi de Gamorréen.

— Quel est notre objectif ? demanda Jaina.

Jag lui tendit un databloc, mais elle l’écarta d’un geste impatient.

— Il semble s’agir d’une agression contre cette position, résuma Jag. Uniquement des vaisseaux, aucun signe de troupes terrestres. Les escadrons du Lusankya se battent contre les premières forces ennemies. D’autres sont sur le point d’arriver.

Une explosion signala qu’on venait de tirer sur les boucliers du complexe de biotique. Les verrières en transpacier de la façade ouest du bâtiment vibrèrent.

— Faux, corrigea Jag, elles sont arrivées.

— Allons-y, dit Jaina, guidant vers l’ascenseur son escadron à moitié habillé et plus ou moins éveillé.

 

Corran Horn, pilote et Chevalier Jedi, actuellement Rogue Neuf, activa ses répulseurs pour monter au-dessus du hangar de son escadron et franchir une ouverture à l’endroit où, quelques secondes plus tôt, il n’y avait qu’un toit fermé.

L’altitude lui fournit une meilleure vision des événements – des croiseurs yuuzhan vong planaient au loin. Protégés par une multitude de coraux skippers, ils tiraient en continu sur le bâtiment de biotique et ses installations extérieures. Jusqu’à présent, les boucliers de la base, récemment récupérés sur des vaisseaux désaffectés de la Nouvelle République, tenaient bon.

— Allons-y, Leth.

L’aile X de Leth Liav s’éleva à côté de celle de Corran. La pilote originaire de Sullust avait été capturée par les Yuuzhan Vong, puis propulsée dans l’atmosphère de Borleias à l’intérieur d’une bulle environnementale. Cette démonstration de cruauté vong avait tourné court, les Soleils Jumeaux réussissant à la sauver grâce à un de leurs exploits incroyables.

Corran doutait que Leth aurait été acceptée dans le célèbre Escadron Rogue en d’autres temps, mais les pertes étant élevées et les recrues plutôt rares…

— Leader à l’escadron, moins de bavardages, s’il vous plaît, dit le colonel Darklighter avec son calme habituel. Indiquez-moi si vous êtes prêts. Leader, prêt. Deux ?

— Deux prêt.

— Trois ?

L’appel circula jusqu’à Dakorse Teep, le troisième membre du vol défensif commandé par Corran.

— Rogue Sept, tout est dans le vert.

Le Jedi grimaça. Vert, dans le cas de Teep, ne qualifiait pas seulement l’état de son appareil. Il était si jeune qu’il aurait plutôt dû s’amuser avec le fils de Corran, Valin, son cadet de quelques années.

— Huit, tout est allumé et prêt, annonça Leth.

— Neuf, condition optimale.

Corran était le dernier de la liste. Il n’y avait plus que neuf pilotes dans l’Escadron Rogue, divisé en trois vols. D’autres escadrons avaient encore plus de difficultés. Parfois, il fallait les dissoudre et affecter les quelques survivants à d’autres unités.

— Nous sommes « affectés » au croiseur vong en orbite à l’est, expliqua Gavin. Les vétérans disposent de torpilles à proton, les autres doivent se contenter des lasers. Désolé, les gars ! Décrochez par vol… Maintenant !

Il accéléra, et les trois membres du premier vol montèrent au-dessus de la zone de protection des boucliers verticaux de l’installation, à une dizaine de mètres seulement sous les défenses horizontales.

Corran laissa passer le deuxième groupe, puis emmena Leth et Teep en position. Leth resta près de lui, comme l’exigeait la tactique employée, mais Teep traîna à l’arrière. Ainsi, il ne bénéficiait pas de la protection des boucliers de ses coéquipiers, et ne les faisait pas bénéficier des siens.

— Approche-toi, Sept, ordonna Corran.

— Pardon, Neuf. J’arrive.

Pendant que Corran et Leth quittaient l’abri du bâtiment pour se diriger vers la jungle, un barrage de plasma jaillit du croiseur vong qu’ils étaient censés détruire. Un peu mieux dirigé, il aurait pu s’infiltrer dans la jointure entre les boucliers verticaux et horizontaux.

Au lieu de ça, il arrivait droit sur Teep.

— Sept, hurla Corran, vire à bâbord !

Le gamin réagit en une fraction de seconde et réussit à s’écarter.

Le plasma ne lui fit aucun mal.

Il heurta les protections verticales de leurs installations et explosa. Les appareils de Teep, de Corran et de Leth reçurent l’onde de choc de plein fouet. Dans son cockpit rougi par les flammes, le Jedi vit sa boussole s’affoler.

Puisque ses instruments ne lui apprenaient rien, il vola à l’instinct.

Un instant plus tard, le feu disparut.

Teep et Leth descendaient tous les deux en vrille vers la jungle.

Leth se redressa à un souffle de la cime des arbres. Corran entendit dans son unité com des paroles incohérentes qui exprimaient en gros la peur de mourir et la joie d’être encore en vie.

Teep ne se redressa pas. Il traversa les feuillages, une boule de feu montant bientôt de la brèche.

Corran jura entre ses dents. Cette guerre avalait les enfants comme un wampa affamé.

— Viens, Huit. Reprenons la formation.

 

Harrar suivait les deux batailles depuis son transporteur, à distance presque égale du combat autour du Lusankya et de l’attaque contre le complexe de biotique.

— S’agit-il de votre opération ou de celle de Czulkang Lah ? demanda-t-il.

Charat Kraal était agenouillé près de lui, au bord de la lentille d’observation installée sur la face ventrale du vaisseau.

— C’est une opération du grand maître. Mais nous procédons seulement à des tests pour évaluer la force de l’ennemi, repérer ses faiblesses et ne pas lui laisser de répit. J’y ai ajouté ma propre mission…

— Quand entrerez-vous dans la bataille ?

— Bientôt. Dès que les défenses de nos adversaires seront affaiblies.

 

L’Escadron Soleils Jumeaux fonçait vers le croiseur yuuzhan vong qui orbitait à l’ouest. Les Lunes Noires et deux escadrons de Tie du Lusankya l’attaquaient déjà.

— Piggy, analyse du champ de bataille.

La voix mécanique du pilote gamorréen monta de l’unité com. Jaina sursauta, puis baissa le volume.

— Ils ne se concentrent pas sur le complexe de biotique, dit Piggy. Sans doute pour éviter le désastre de la dernière fois. Ils ont appris la leçon du bombardement orbital. Pourtant, ils ne mettent pas systématiquement en pièces les défenses du général Antilles. Ils devraient concentrer leurs efforts sur le Lusankya, pour le sortir du combat et, ensuite, viser les installations en rencontrant une opposition minimale. Mais ils ne le font pas…

Jaina n’avait pas besoin de demander ce que ça signifiait. Les Yuuzhan Vong ne voulaient pas conquérir les installations. Leur opération avait un autre but – peut-être une nouvelle tentative visant à la capturer. Pour les Vong, les jumeaux étaient sacrés, et la jumelle de Jacen les fascinait.

— Ouvre bien les yeux pour voir s’ils s’intéressent à nous, dit Jaina.

— D’accord, Grand Un.

— Soleils Jumeaux, tirez des torpilles uniquement si vous êtes sûrs que les singularités ne peuvent pas les arrêter. Nous avons fait le plein de ces armes, ce qui n’est pas le cas de tous les escadrons. Donc, n’en gaspillez pas, à moins de vouloir faire des jaloux. Tilath, tout est d’équerre avec ta charge ?

— Oui, Votre Grandeur, répondit Tilath Keer.

De toute évidence, elle n’était pas heureuse. Rien d’étonnant à cela : sous son aile X était attachée une sorte de missile – l’arme expérimentale la plus récente de l’arsenal des Soleils Jumeaux. Mais sa longueur dépassait celle du cockpit de l’appareil, et sa masse rendait l’ensemble à peu près aussi facile à manœuvrer qu’un cube de transpacier.

— Ne t’inquiète pas, Tilath. Personne n’est de corvée de plonge après chaque repas. (Jaina activa ses propulseurs.) Allons-y !

 

Charat Kraal et Harrar observaient la bataille. Les grands vaisseaux vong jouaient le rôle de l’artillerie, arrosant en continu le bâtiment de biotique et ses installations afin d’éprouver les boucliers des infidèles, et peut-être de les submerger. Les unités de coraux skippers devaient protéger les grands navires et éliminer les chasseurs ennemis.

La situation était simple. Harrar comprit aisément les explications de Charat Kraal.

— Où sont gardés leurs Lanceurs d’Etoiles ?

Le prêtre se référait à un équipement qui, dans le système de Pyria, avait récemment généré une matrice énergétique complexe capable de lancer une attaque laser. Propulsé dans l’hyperespace, le tir avait touché le vaisseau-monde yuuzhan vong en orbite autour de Coruscant.

Charat Kraal désigna un bâtiment rectangulaire près des installations de biotique.

— C’est là que sont entreposés les appareils de leurs pilotes d’élite. L’escadron de Jaina Solo y est logé. Nous ne nous y attaquons pas aujourd’hui, puisque la plupart de ces navires sont dehors pour combattre nos forces.

— Et où font-ils pousser leur cristal lambent ?

Les dernières opérations de renseignements, conduites par un humain sous contrôle vong, leur avaient appris que le projet Lanceur d’Etoiles nécessitait un gigantesque cristal obtenu à partir de matériel yuuzhan vong, histoire de booster le laser, ainsi capable de frapper avec efficacité des cibles lointaines.

Charat Kraal désigna le complexe de biotique.

— Là. Notre agent n’a pas pu examiner toutes les parties de la structure, mais il en a étudié un grand nombre. Avant que nous le perdions, il nous a communiqué que les niveaux inférieurs, interdits aux soldats ordinaires, sont les emplacements plus probables pour loger leurs…

(Il eut du mal à prononcer le mot :) machines de croissance de cristal. Notre prochain agent les découvrira, et procédera à leur destruction si nos bombardements ne règlent pas le problème avant.

— Excellent. A présent, parlons de la capture de Jaina Solo.

 

Jaina lâcha la manette au moment où le corail skipper explosait. Ses débris tombèrent dans la jungle. Un rapide coup d’œil sur les instruments lui apprit que ses équipiers, Jagged Fel et Kyp Durron, volaient à proximité et la soutenaient.

Ils approchaient du croiseur yuuzhan vong, une entité composée de corail yorik et d’armes organiques longues de plusieurs centaines de mètres.

— Allez, on va occuper ses gros canons ! dit Jaina.

Elle jumela ses lasers, puis visa les endroits où les canons à plasma géants dépassaient de la coque.

— Où en es-tu, Tilath ?

— Alignée pour l’approche finale. Je suis à quinze secondes de la portée optimale. Quatorze.

— Tire dès que tu es prête. N’attends pas mon ordre.

— Dix.

Jag et Kyp venaient doubler les tirs de laser de Jaina. Les singularités du croiseur se mirent en position et avalèrent l’énergie destructrice sans aucune difficulté.

— Un. Feu !

Détaché du ventre de l’aile X de Tilath, le missile tomba d’une dizaine de mètres avant que l’unité de propulsion, située à l’arrière, ne s’allume et n’accélère son vol.

Jaina passa son unité com sur la fréquence opérationnelle.

— Exécutez « Rebond bas ». Je répète « Rebond bas ».

Les chasseurs de la Nouvelle République qui volaient à proximité du croiseur entamèrent un mouvement ascendant. Ils ne fuyaient pas, mais se positionnaient simplement au-dessus du niveau du croiseur tout en continuant à combattre.

Au même moment, Jaina, Kyp et Piggy armèrent et tirèrent chacun une torpille à protons.

A un demi-kilomètre de distance du vaisseau vong, le missile de Tilath accomplit la tâche pour laquelle il avait été conçu.

Il n’explosa pas pour s’éparpiller dans tous les senssa construction était trop robuste : un tube en alliage très résistant, ouvert à une extrémité. A l’arrière, fermé, il portait une charge explosive à base de plasma. Les deux tiers du tube restant, obturé par une plaque friable, étaient bourrés de boules d’acier de la taille d’une tête humaine.

La charge de plasma explosa, provoquant la surchauffe des boules et leur projection en direction de la cible.

La pluie de boules ne pourrait pas endommager sérieusement la coque du croiseur. Certains projectiles s’enfonceraient dans le corail pour y rester, les autres rebondissant sans provoquer de dommages.

Non, la menace ne venait pas des impacts. Chaque boule surchauffée présentait une température et une densité exactement identiques à celles des torpilles à protons tirées par l’escadron de Jaina.

Les basals dovin du croiseur détectèrent les projectiles. Ils ne paniquèrent pas, car la peur ne faisait pas partie de leur nature. Mais ils savaient qu’ils pourraient seulement intercepter une infime partie des missiles. En conséquence, ils définirent des priorités et envoyèrent les trous noirs vers les zones plus vulnérables pour protéger le secteur de commandement, les postes d’artillerie et eux-mêmes.

Charat Kraal et Harrar virent les Soleils Jumeaux lancer les quatre missiles, le plus grand précédant les autres. Il explosa peu avant la cible, arrosant le matalok d’une pluie de débris chauffés au rouge. Mais les trois autres s’enfoncèrent dans la coque, transformant en nuages d’énergie son flanc et une partie de ses organes internes.

Mortellement touché, le vaisseau s’inclina et s’éloigna de la zone de combat. Du plasma suintant de sa blessure, il prit de l’altitude un instant, puis amorça une trajectoire rectiligne. Les basals dovin concentrèrent leurs protections sur les armes principales.

Charat Kraal comprit ce qui se passait. Le matalok n’étant plus capable de retourner dans l’espace, son commandant dirigeait l’énergie plasmatique restante vers l’artillerie pour détruire le vaisseau de l’intérieur.

Le jeune guerrier sembla accablé, toute fierté et confiance évanouies. Il frappa le sol du poing.

— Comment a-t-elle fait ? Comment a-t-elle persuadé le basal dovin de laisser passer leurs missiles ?

— Je l’ignore.

Charat Kraal regarda le prêtre dans les yeux :

— Je ne suis pas autorisé à poser cette question. Vous pourrez donc décider de ma vie ou de ma mort. Mais vous êtes un serviteur de Yun-Harla, donc vous devez savoir la vérité. Jaina Solo, est-elle une incarnation de la déesse ? Est-elle la déesse ?

— Bien sûr que non. C’est une infidèle qui imite notre déesse.

Mais Harrar ne pouvait plus prononcer ces paroles avec la conviction profonde qui aurait convenu. Il n’était plus certain de dire la vérité.

Ni apaisé ni satisfait, Charat Kraal se tourna vers le villip posé sur le sol à côté de lui. Il parla au visage de guerrier qui y apparut :

— Etes-vous en position ?

— Non, commandant, pas encore. Il est trop tôt.

— Commencez votre opération quand même. Nous ne pouvons pas attendre le meilleur moment.

— Bien compris, commandant.

 

Corran Horn vit les trois coraux skippers quitter la zone de combat principale, au nord, et se diriger vers la façade ouest du bâtiment de biotique.

— Viens, Huit, on va s’occuper de ces brebis égarées.

Il vira sur l’aile pour couper la trajectoire du vol ennemi. Leth le suivit, exécutant une manœuvre pas tout à fait aussi impeccable que celle de son aîné.

Ils atteignirent leur position bien avant l’ennemi. D’ailleurs, les skips avaient de nouveau tourné au-dessus de la jungle pour s’orienter vers le complexe. Presque descendus jusqu’au niveau du sol, ils accélérèrent à pleine vitesse. Quand Corran et Leth ouvrirent le feu, ils ne ripostèrent pas.

— C’est une opération kamikaze, dit Leth.

— Tu as raison !

Corran examina les environs. Si les trois appareils heurtaient les bouchers de protection, et s’ils parvenaient à les transpercer, le bâtiment resterait sans défense un bon moment.

Mais aucun vaisseau yuuzhan vong n’était à proximité pour exploiter un tel avantage. Cette action était insensée.

Corran vira à tribord, attaquant deux des coraux skippers au laser. Ayant filé à bâbord, Leth fit de même. Le skip du centre succomba au feu combiné, piqua du nez vers la jungle et s’écrasa.

L’appareil n’explosa pas. N’étant pas chargé en carburant, ce corail skipper s’émietta, et s’éparpilla autour du point de chute.

A présent, chacun des pilotes pouvait se concentrer sur un adversaire. Corran maintint la pression, arrosant le skip de rayons laser, une tactique qui grignota petit à petit le nez de l’appareil ennemi.

Leth avait plus de difficultés. Mais le Jedi ne pouvait pas l’aider, puisque sa cible ripostait à coups de plasma.

Corran s’interposa directement sur la trajectoire du vaisseau vong. Si son pilote visait vraiment les boucliers de leur base, il devrait essayer de le contourner. Sinon, eh bien, il le battrait à la loyale.

De fait, le corail skipper manœuvra pour passer sous l’aile X, et Corran concentra son feu sur le cockpit de l’ennemi, qui perdit vite sa maniabilité.

Ce skip-là explosa. Corran fut aveuglé par les éclairs, mais son plus gros dommage, constata-t-il, était un capteur de température extérieure en surchauffe.

Mais Leth avait laissé passer son adversaire, qui fonçait vers les défenses du complexe de biotique.

Le choc rendit les boucliers visibles pendant quelques secondes : au point d’impact, des vagues concentriques troublaient la surface normalement lisse, comme si on avait lancé un pavé dans une mare.

Le corail skipper s’était désintégré, ses débris provoquant des dégâts : un véhicule terrestre avait explosé et des flammes se propageaient. Quelques gros blocs de corail avaient rebondi à un mètre ou deux seulement de l’entrée du complexe de biotique.

— Je suis désolée, dit Leth, accablée.

Elle reconnaissait son échec avec trop d’intensité. Corran se souvint des mélodrames que les pilotes inexpérimentés se jouaient dans leurs têtes. Ce n’était pas la bonne manière de prendre les choses.

— Il ne s’est presque rien passé, dit-il. Ne t’en fais pas. Allez, viens, retournons au travail.

Ensemble, ils rejoignirent leur escadron.

Les premiers secours sortirent du bâtiment de biotique et des installations adjacentes pour couvrir de mousse anti-incendie les fragments de skip brûlant.

Une chef d’équipe corellienne aux cheveux noirs dont la carrure laissait penser qu’elle avait un ou deux rancors dans son ascendance, appela frénétiquement ses collègues.

— Venez ! J’ai trouvé un homme ! Il me faut du personnel médical !

Se penchant, elle écarta un fragment de coque qui coinçait la victime, un humain de grande taille vêtu d’une combinaison en toile grise.

A la grande surprise de la jeune femme, il ne présentait pas de brûlures. Dès qu’il fut dégagé, il ouvrit les yeux. Il n’avait rien de remarquable, à l’exception d’un regard intense. L’homme étudia la Corellienne, puis sonda les environs. Il n’était pas du tout sonné.

— Je n’ai pas besoin d’attention médicale. Je ne suis pas blessé.

La Corellienne l’aida à se mettre debout.

— On ne peut pas savoir… Vous avez peut-être des lésions internes.

— Non. (Il regarda autour de lui.) Affectez-moi une mission.

La femme désigna le plus gros morceau du corail skipper qui restait. Plusieurs membres de son équipe y travaillaient déjà.

— Rejoignez-les. Cherchez d’autres survivants. Et si vous vous sentez bizarre, si la moindre chose ne va pas, allez voir l’équipe médicale.

— Je… oui.

Sans un mot de remerciement, l’homme partit dans la direction qu’elle avait indiquée.

— Bon sang, il est en état de choc ! Quand ça deviendra évident, ils s’occuperont de lui.

La Corellienne reprit ses recherches au milieu des décombres. A plusieurs reprises, elle vit l’homme aider les membres de son équipe, fouiller sous les morceaux de corail ou porter les blessés vers les postes médicaux.

 

La moitié des ressources du vaisseau central étant perdues, les Yuuzhan Vong furent contraints à la retraite. Le croiseur restant et ses deux escadrilles de coraux skippers filèrent, poursuivis par les chasseurs de la Nouvelle République jusqu’à ce que le général Antilles les rappelle.

— Comment va ta jambe ? demande Yan.

Le garçon aux yeux bleus et aux cheveux bruns couché sur le lit d’hôpital écarta le drap pour montrer sa jambe droite. Le mollet était couvert d’un pansement bacta. La matière thérapeutique rose ne dissimulait pas les traces d’une grave brûlure.

— Pas mal. Je peux marcher, même si je ne peux pas encore courir. Mais ils ne veulent pas que je quitte le lit.

Yan essaya de trouver une remarque amusante sur le personnel médical, mais rien ne vint. Combien de fois avait-il vécu cette scène, conseillant à son fils Anakin de tenir bon ? Malgré une ressemblance indubitable, ce garçon n’était pas Anakin.

Et c’était comme si une vibrolame s’enfonçait dans sa poitrine centimètre par centimètre…

Sentant le désarroi de son mari, Leia vint à sa rescousse.

— Tu dois les écouter, dit-elle d’une voix peut-être un peu rauque. De retour de notre mission, si nous apprenons que tu as exagéré, nous serons très fâchés.

— Et si je les paye pour qu’ils ne vous racontent rien ?

Ayant avalé la boule qui semblait obstruer sa gorge, Yan parvint à articuler presque normalement.

— Payer comment, petit ? L’économie locale n’est pas fondée sur l’argent.

— Je pourrais monter un spectacle avec un droit d’entrée, mais au lieu de prendre des pièces, je ferais jurer à tout le monde de ne pas me trahir.

Leia gratifia le garçon d’un sourire glacial de politicienne.

— Tu oublies nos espions. Ils sont partout, tu sais.

— Alors, je mettrai sur pied mon propre réseau de renseignements, qui découvrira vos taupes et les empêchera de venir à mes présentations.

Leia lui ébouriffa les cheveux d’un geste maternel.

— Nous devons y aller… Mais nous repasserons avant de quitter Borleias.

— Je pourrais vous accompagner. Je suis fait pour devenir un diplomate.

— Désolé, petit, intervient Yan, mais tu auras trop à faire pour monter ton spectacle.

— Je n’ai pas besoin de répétitions. J’improvise à mesure.

Yan et Leia échangèrent un regard amusé.

— Bien, dit Leia, cette approche a aussi ses mérites. Au revoir !

— A plus tard, petit.

— Salut…

— Il s’ennuiera pendant notre absence, dit Leia quand ils furent dans le couloir.

— Nous pourrions lui laisser Bouton d’Or comme baby-sitter. Il lui raconterait des histoires.

— Il vaut mieux s’ennuyer que s’ennuyer à mort, Yan.

— Exact.

 

C-3PO, debout à côté du Faucon Millenium, s’intéressait au compartiment moteurs, où Yan Solo, comme souvent, bricolait sur son cher vaisseau. Arrivé au stade des soudures, il portait des lunettes de sécurité.

Le droïd n’observait pas Yan, mais les étincelles générées par le chalumeau-laser. Elles rebondissaient sur la coque, tombaient et s’éteignaient avant d’arriver sur le sol. C-3PO suivit une gerbe – sa naissance, le moment où elle atteignait le sommet de l’arc de son vol éphémère, puis sa chute.

Un autre droïd apparut. Blindé, l’allure martiale, il portait un modèle très récent de carabine-blaster.

Par bonheur, son attitude n’était pas menaçante.

— Bonjour, dit C-3PO. Je suis C-3PO.

— YVH 11-A, répondit l’autre droïd. Je suis affecté à Lando Calrissian comme garde du corps, et actuellement en mission de repérage d’anomalies. Vous êtes une anomalie. Pourquoi un droïd de protocole surveille-t-il les travaux de réparations réalisés par Yan Solo et son équipage ?

— Oh, non, je ne surveille pas les réparations. Je ne les regarde même pas. Afin d’améliorer mes facultés linguistiques, je m’efforce de déterminer le meilleur terme pour désigner la chute et l’extinction des étincelles produites par le processus de réparation.

— Ça ne devrait pas être un problème pour un droïd de protocole.

— Ce ne devrait peut-être pas, mais ça en est un, car le mot qui me paraît le plus pertinent n’est pas le plus logique.

— Quel est ce mot ?

— Triste.

11-A fit pivoter ses caméras pour observer les étincelles une fraction de seconde.

— Vous avez raison. Ce mot n’est pas adapté.

— Il est tout à fait adapté. Chaque étincelle semble être un symbole de la vie. Elle aussi brille de mille feux pendant sa course, puis disparaît. Laisse-t-elle une trace derrière elle ?

— Si elle rencontre une substance inflammable, elle laissera une trace…

— Vous vexerez-vous si je dis que vous êtes un vulgaire amas de blindage à la programmation fondée sur l’agressivité ?

Bizarrement, 11-A ne répondit pas tout de suite. Au contraire, il observa de nouveau la pluie d’étincelles.

— Selon vous, pendant ses dernières nanosecondes, une étincelle a-t-elle peur, sachant que son existence est quasiment terminée ?

— J’en doute. Sincèrement. Une étincelle est incapable d’avoir peur, ni de prendre conscience de sa mortalité.

— On dit la même chose des droïds. Dans certains cas, ce n’est pas vrai.

Ce fut au tour de C-3PO d’hésiter.

— Si vous me permettez, c’est une remarque très lucide, pour un droïd de combat.

— Je suis régulièrement confrontée à l'« extinction »… Du coup, j’ai eu de nombreuses occasions de réfléchir. Depuis peu, je ne parviens plus à ignorer ces considérations. Je soupçonne même que cela affecte mon travail.

— Moi aussi, je me suis engagé récemment dans cette voie de réflexion perturbante. Et mon collègue, R2-D2 ne m’est d’aucune utilité sur le plan philosophique. « Tout se termine », dit-il. « Fais face avec courage ! » Je suppose que cette attitude convient à un astromec. Moi, elle me paraît totalement inadéquate. Je me demandais si j’étais l’unique droïd à avoir de tels soucis. Il est encourageant de constater que non !

Les caméras de YVH 11-A se réorientèrent sur le visage de C-3PO.

— Au cas où vous tireriez des conclusions, même si elles ne sont pas vérifiables, voudriez-vous me les transmettre ?

— J’en serai enchanté. De votre côté, si vous découvrez quelque chose, faites-le-moi savoir. Nous pourrions peut-être reprendre notre débat.

— Oui.

YVH 11-A continua sa ronde.

L’étincelle dont C-3PO avait commencé à suivre les évolutions, avant de s’aviser de la présence du droïd de combat, disparut enfin à un mètre au-dessus du sol, deux secondes après avoir rebondi contre la coque du Faucon.

Derrière les lignes ennemies 2 - La résistance rebelle
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